La disgrâce du héros

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Marc (nom d’emprunt) était passionné par la vie militaire depuis sa tendre enfance. Il passait la plupart de son temps à fantasmer sur des films d’actions hollywoodiens montrant des scènes guerres. De Schwarznegger à Chuck Norris, en passant par Stallone, Bruce Willis,… c’étaient là les vedettes de son enfance.

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Laurent-Désiré Kabila et ses Kadogo
Photo: Médias Congo, réutilisation autorisée

Par Jean-Fraterne Ruyange

Son rêve a toujours été d’intégrer l’armée pour défendre et l’intégrité territoriale de son pays, le Zaïre, et participer à la construction de la paix. A l’époque, ces deux motivations étaient illusoires car avant de combattre pour la paix, il fallait combattre la dictature.

Les années de gloire

C’est ainsi, qu’en 1995, il a intégré l’AFDL, la rébellion qui a renversé Mobutu, alors qu’il n’avait que 14 ans. Avec tant d’autres KADOGO (enfants soldats en swahili), Marc a combattu vaillamment de victoire en victoire, contre le régime dictatorial. Sa joie était immense, la fierté déborder dans son regard en se voyant porter l’uniforme de la vigueur et de la bravoure.

Entre 1996 et 1997, Marc parcourut plus de 1500km à pieds, soit de Fizi (dans la province du Sud-Kivu) à Kinshasa, en passant par le Nord-Kivu, le Maniema, la province orientale et l’Équateur. Une fois dans la capitale congolaise, c’était mission accompli, c’était la victoire ultime des combattants du peuple. La lueur de la démocratie surgit, l’espoir d’un lendemain radieux survint.

Mais comme on le dit souvent, et d’ailleurs c’est bien évident, « les bonnes choses ne durent pas longtemps. » Le 16 janvier 2001, celui qui a su combattre la dictature, celui qui redorer les blason de toute une nation, celui qui a redonner l’espoir à toute une nation, le Mzée comme on aimait l’appelait, fut assassiné…

Laurent-Désiré Kabila est mort. La gaieté du peuple congolais s’envola, la lutte on ne peut plus périlleuse qui a vu une participation combien nombreuse des KADOGO s’assombrit. c’était le chaos total, c’était le désespoir, un revers qui affecta les Congolais aux quatre coins du pays. L’armée fut sujette à des défections, les rebellions naquirent, le bout du tunnel s’éloigna de plusieurs lieux.

La misère apprivoisée

Marc a vécu son rêve le plus fou encore adolescent. Il s’est fait enrôler, il a combattu et il a vaincu. Désormais, il a 19 ans et tout semble s’envoler. L’officier qui était au commandement de son bataillon la rébellion avec ses hommes. Marc fut l’une des rares têtes n’ayant pas suivi ses pas, soucieux de rester au service de la nation.

Il a donc été attaché à un autre bataillon mais il perdit tout enthousiasme envers l’armée. Plus de cause noble pour laquelle se battre avec ardeur, plus de salaire ni d’encadrement pour les hommes en uniforme. Le film de sa vie s’est brutalement transformé en une répugnante scène suscitant remords et culpabilité chez l’homme qui voyait naître en lui un héros de patrie.

Plusieurs guerres, plusieurs batailles se succédèrent où il ne fallait combattre que pour sa survie et Marc s’en sortait toujours un seul morceau. Sa courage et sa force ne se sont pourtant jamais vu récompenser à leur juste valeur. Lui qui a participer à « la guerre de libération », lui dont le rêve était de combattre pour l’intégrité, la stabilité et la paix dans son pays, il se retrouve aujourd’hui domestique(valet) dans la maison de son colonel avec comme mission : faire la vaisselle, balayer la cour, faire le ménage, cuisiner et puiser de l’eau pour son supérieur.

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