Ces 3 choses que la coupure de l’internet retire aux Congolais

C’est mon premier billet de 2019. Je croyais que j’allais écrire sur un truc genre mes nouvelles résolutions pour cette année ou encore le bilan de mon blog en 2018. Finalement, je n’ai pas pu, ne pouvant pas accéder à internet.

En effet, au lendemain des élections du 30 décembre 2018 en République Démocratique du Congo, le gouvernement a décidé d’imposer un black-out numérique. Signalons en passant que ce n’est pas la première fois que nous vivons cela en RDC. Voici donc les trois choses dont les Congolais sont privés par cette coupure.

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Une personne connectée sur Facebook – Crédit photo : Jean-Fraterne Ruyange

  1. L’espoir

Déprimé, réprimé, muselé, froissé, appauvri par son gouvernement. Le dernier espoir du peuple congolais était de sanctionner ses bourreaux en ne votant pas pour eux. Alors que la mission semblait être accomplie, le doute est revenu.

Plusieurs analystes et observateurs s’accordent à dire que le but de cette coupure de l’internet est d’empêcher qu’il y ait de la lumière dans le processus électoral et la répression qui s’en est suivie. Le cauchemar demeure donc certain, les Congolais devront affronter leurs fantômes pour un quinquennat encore. Désespoir…

A lire aussi : L’élection est hellène, la répression est nègre

  1. Les vœux de nouvel an et la bonne humeur

Comment être de bonne humeur si on n’a pas la possibilité de recevoir ni d’adresser des vœux de nouvel an à ses proches comme le veut la coutume ? Les Congolais n’ont pas pu goûter à cette poésie qui submerge les réseaux sociaux en début d’année.

Impossible de souhaiter des fêtes fabuleuses à nos frères, amis et connaissances vivant à l’étranger. Même chose pour ceux vivant à l’intérieur du pays car même les SMS ne fonctionnent pas.

  1. Un climat favorable aux entreprises

Les entreprises qui opèrent dans l’économie numérique vont générer des pertes sèches innombrables. Cette coupure ne fait donc pas du mal à la population seulement mais aussi à l’économie du pays. S’il faut se fier aux chiffres de certains analystes, la RDC va perdre jusqu’à 140 millions de dollars, en raison de 20 millions par jour, s’il faut attendre la proclamation des résultats – prévue pour ce 6 janvier – pour que l’internet soit rétabli.

Selon l’application Netblocks.org, cette baisse pourrait être moins importante, mais déjà atteindrait déjà 16 millions de dollars. Cet outil estime l’impact économique d’une interruption d’Internet, d’une panne des données mobiles ou d’une restriction d’application en se basant sur les indicateurs de la Banque mondiale, de l’UIT (Union Internationale des Télécommunications), d’Eurostat et de l’U.S Census.

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Selon cette application, la RDC perd jusqu’à 3 218 737 dollars par jour. Donc en ce cinquième jour de coupure de l’internet, nous avons déjà perdu jusqu’à 16 093 684 dollars, et la perte continue à s’alourdir.

Vous pouvez aussi calculer ce que cela peut coûter à votre pays si on vous coupe internet en suivant ce lien : netblocks.org/cost/

L’église au cœur des élections en RDC

L’église est un atout non négligeable dans le quotidien congolais. Actuellement, c’est au cœur des élections qu’elle impose son veto.

Avec une population estimée à plus de 70 millions d’habitants, la RDC est quasi-religieuse, pour ne pas dire quasi-chrétienne. Plus de 95% de sa population a une appartenance religieuse quelconque. (Selon Pew Research Center)

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Photo: Ousmane Makaveli, avec son aimable permission

En tant qu’État laïc, la RDC est majoritairement catholique, suite à l’influence coloniale belge. A côté du catholicisme, est en train de se développer le protestantisme, surtout avec la croissance sans frein des églises de réveil indépendantes, à caractère de business, qui défient, actuellement, plusieurs communautés protestantes  en crise de leadership.

L’Islam, quant à lui, ne connaît ni des hauts ni des bas. Il demeure un trésor familial acquis par hérédité. C’est, en effet, une croyance transmissible du père au fils. Ce qui détermine le quasi-statisme dans ses statistiques. Il a été importé au pays de Siméon Kimbangu par des arabes qui y pratiquèrent la traite des noirs.

L’Église dans le quotidien du Congolais

Dans la vie du Congolais, l’église est une véritable famille pour chacun de ses fidèles, suivant la fameuse théorie biblique de la « communion fraternelle » qui fait passer le lien de sang en deuxième position pour les uns. Cela constitue un véritable instrument d’exploitation des pauvres croyants qui se laissent emportés par des idéologies et convictions aussi édifiantes que dissipantes de leurs guides spirituels.

Le Congolais s’inspire de l’arme coloniale du Muzungu[1], le Christianisme, pour manipuler ses compatriotes. D’où une panoplie des dérapages et cacophonies est portée à l’ endroit des croyants par l’homme de Dieu, au nom de Dieu.

Déjà à la clôture  des campagnes électorales, malgré le report des élections au 30 décembre 2018, les églises continuent à être des cibles principales pour les campagnes électorales. Les églises sont exploité pour cette mission car sous l’effet de la foi, l’esprit du Congolais devient léger, maniable et sans défense, par manque de spéculation.

L’estime considérable de l’homme de Dieu et son charisme, presque sacré, font de lui un allier de taille dans le processus de mobilisation et sensibilisation de l’électorat. Pour certains candidats, le meilleur endroit pour captiver l’électorat c’est l’autel de l’église. Pour d’autres, les suppléants qu’il faut pour se garantir un électorat sur, ce sont les serviteurs de Dieu.

L’église s’éloigne de sa mission première

C’est ainsi que quelques actes, soient disant charitables et dons d’amour,  sont déjà entrepris  de part et d’autres dans les églises par différents candidats. En retour, ils espèrent le soutien et l’accompagnement de l’église. C’est donc un moyen d’attirer la sympathie de « ses frères en Christ ».

D’où, rien d’étonnant si vous tomber actuellement sur un discours du genre :

« Si vous croyez à la toute-puissance du Dieu de notre église et que vous confessez de votre bouche que j’en suis le berger, je vous exhorte déjà à soutenir notre fils tel pour les élections à venir. Vous êtes tous témoin de la contribution grandiose qu’il apporte à l’accomplissement de l’œuvre divine, celle de bâtir un temple à notre Dieu. Je profite de ce temps pour vous annoncer que c’est bien lui qui nous a payé ces instruments de musiques que nous inaugurons aujourd’hui ainsi qu’un lot de 50 chaises en plastique ».

Et oui, j’en parle parce que je l’ai vu de mes propres yeux et entendu de mes propres oreilles.

Nous constatons amèrement delà que l’Église s’est détournée de son essence: être un rassemblement pour l’adoration, la prière, l’enseignement, la fraction du pain et la prédication de l’Évangile. Humm, soyez pas surpris de voir que connais un peu trop : Je suis aussi croyant.

L’égo chrétien

Delà, il est clair que certains soutiendraient qu’elle apporte sa part à la construction d’un monde meilleur. Certes, l’église doit jouer le rôle décisif, en cette période des bouleversements sans précédents, en montrant la voie que l’humanité doit emprunter pour son salut et qui sont les personnes aptes à la guider. Ce qui est scandaleux c’est de voir que l’église est entrain de vendre aux enchères le sort du monde pour des fins égoïstes de quelques individus.

Si nous risquons d’être mal compris c’est parce que, de nos jours, on a tendance à confondre la « charité » à la « solidarité ». Les deux se rencontrent par le fait qu’elles remplissent la même mission : Celle de faire preuve de générosité en venant en aide à son prochain. Leur démarcation  réside, alors, au niveau du but qu’elles poursuivent : La première est désintéressée, la deuxième attend quelque chose en retour. En outre, la charité est revêtue des connotations spirituelles, la solidarité est, quant à elle, revêtue des connotations matérielles et charnelles.

Y a-t-il un juste milieu entre faire l’aumône à l’église et les campagnes électorales ?

S’il faut, alors, rendre cette question encore plus délicate, il faudra chercher à savoir ce que serait l’impact de l’aumône sur l’exercice du pouvoir politique. Enfin, les bons croyants font-ils les bons dirigeants, pour ne pas dire les bons politiciens ?

Voilà pourquoi, la fraction de pain à laquelle nous devrions assister, dans nos églises respectives, devait être un véritable acte de charité, à laquelle nous appelle la parole divine, et non celui de solidarité, – ce concept  n’étant mentionné nulle part dans les saintes écritures -.

L’église doit rester cette communauté capable d’apporter une aide spirituelle, sociale et financière à ceux qui en ont besoin, un témoignage visible de l’unité de ceux qui croient en Jésus-Christ et cela malgré la diversité des âges, des natures, des conceptions, et des conditions sociales.

 

[1] L’homme blanc, le blanc, les occidentaux.

Et si l’homme du match électoral en RDC c’était l’arbitre ?

Dans le football, après chaque match, il y a cette culture qui veut à ce que soit récompensé le joueur qui s’est distingué lors de la rencontre. C’est toujours, soit un joueur des champs, soit un gardien des buts, ça dépend de qui a été le plus décisif, qui reçoit cette récompense.

Cependant, en République Démocratique du Congo, la rencontre la plus attendue va enfin pouvoir se disputer ce dimanche 23 Décembre 2018. Selon les derniers pronostics ce ne sera pas ni joueur ni un gardien des buts qui va remporter haut les mains cette récompense mais plutôt l’arbitre de la rencontre. Comment est-ce possible ? Attendez, je vous explique dans deux points:

  1. L’arbitrage vidéo est maintenu mais elle ne servira à rien

Alors que le monde bouscule actuellement vers le numérique dans presque tous les domaines de la vie, l’arbitre a aussi voulu en faire usage pour départager les équipes en toute transparence. Bien que cela semble marche en football où nous voyons les joueurs eux-mêmes réclamer cette assistance, tel n’a pas été le cas au pays des Léopards. Joueurs et fans se sont tous mis d’accord pour décrier cela au point que certains été prêts à boycotter le match si l’arbitre imposait sa technologie.

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Photo: Flickr.com

En tout cas le Congo c’est Jumanji et pas Wakanda. Que l’évolution technologique reste ailleurs, nous n’en voulons pas chez nous, surtout pas dans un match aussi important. Ainsi donc, l’arbitre a été contraint de garder sa technologie juste pour soit professionnaliser son job, soit juste pour impressionner je ne sais qui car les décisions qu’il va prendre ne viendront pas de ces machines soupçonnées de triche. Déjà une décision sage de sa part qui redonne gout au match.

  1. Les joueurs ont déjà déçu

Dans l’équipe des favoris dans la compétition, ça sent la bavure dans l’air. Bien qu’étant champion en titre, cette équipe a déjà fait beaucoup des faux pas sur le terrain comme en dehors du terrain. Ses joueurs usent de tous les moyens, légaux ou illégaux pour arracher le titre de champion : corruption des arbitres, excès de combativité, saut sur les adversaires, bousculade, touches volontaires du ballon…

Là où tout porte à croire que l’homme du match ne viendra pas de cette équipe c’est le simple fait que cette équipe est déjà gagnante, suite à toutes les manœuvres frauduleuses qu’elle met en place, avant même le coup d’envoi de la rencontre.

Dans l’équipe adverse, juste se choisir un capitaine a été une mer à boire. Deux brassards, deux capitaines, dans une même équipe, ça n’a jamais existé. Cela sera fatal pour eux car ils ne vont jouer que dans l’égoïsme. S’ils perdaient le match, cela ne sera vraiment pas une surprise car même les fans sont confus et ne savent pas comment soutenir un tel amalgame.

Si l’arbitre proclamait gagnante cette équipe adverse, ce sera la surprise de l’année et lui homme du match car il aura donné de la lumière où tout est confusion.

Aya Chebbi, la première envoyée spéciale de l’Union Africaine pour la jeunesse, est une blogueuse

La Tunisienne Aya Chebbi a été officiellement nommée première envoyée spéciale de l’Union Africaine pour la jeunesse. C’est sur le site officiel de l’UA que cette annonce a été rendue publique ce 1er novembre.

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Aya Chebbi avec les jeunes de Afrika Youth Mouvement à Kigali/Rwanda après une rencontre Photo : Providence Baraka

J’ai été surpris dès que j’ai appris cette nouvelle car en Afrique, il est difficile de trouver les personnes qu’il faut à la place qu’il faut. Cette affirmation ne vient pas soutenir que je connaisse Aya Chebbi mieux que tout le monde. Loin de là, je ne l’ai rencontrée qu’une seule fois en mai dernier pour une rencontre de « AYM », Afrika Youth Mouvement, à Kigali, la capitale rwandaise.

A l’issue de cette rencontre, j’étais simplement stupéfait en découvrant une jeune dame formidable avec une vision des choses fabuleuse. Pour parler de son engagement pour une Afrique, son Afrique, notre Afrique, qui émerge, son parcours en tant que blogueuse et activiste le dit plus éloquemment que tous les mots que je puisse placer ici. Pour ceux qui veulent en savoir plus, cet article de Huffpost donne beaucoup plus des détails sur sa carrière.

D’abord c’est qui Aya Chebbi ?

Aya Chebbi est avant tout une blogueuse. Voilà comment j’aurais bien voulu la décrire. Avec son blog et sa caméra, Aya a consacré son temps à travailler avec des gouvernements et organisations intergouvernementales ainsi que la société civile. Son objectif : « réaliser la vision de l’Union Africaine consistant à construire une Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique sur la scène mondiale ».

De blogueuse à activiste, Aya Chebbi « a fait preuve de leadership serviable en maximisant les partenariats stratégiques, la mobilisation des ressources par le digital et l’appartenance pour construire l’un des plus grands mouvements panafricains dirigés par des jeunes, AYM. Elle a suscité un impact et un engagement qui lui ont permis d’atteindre plus de 10 000 jeunes membres de 40 pays d’Afrique et de la diaspora », dit la pétition  qui a soutenu sa candidature.

Une victoire pour la génération 2.0 ?

Je n’ai pas voulu que cet article soit une apologie ou encore l’épopée des blogueurs. Cependant, je ne sais pas comment faire autrement alors que le numérique est cette seule lueur d’espoir pour des milliers d’Africains actuellement. Si les leaders africains continuent à confisquer la scène politique en muselant la jeunesse qui ne jure qu’au nom de la révolution-rupture, le numérique leur accorde un autre espace qui leur permet de lutter à l’abri de la répression. Inutile de rappeler que ce sont les blogueurs qui sont les meneurs de ces luttes.

La nomination de Aya Chebbi est donc perçue, en tout cas c’est mon avis, comme la première victoire décisive de la jeunesse africaine face aux vagues des troubles qui ternissent le berceau de l’humanité. C’est une étincelle de plus qui vient s’ajouter à ce frottement des pierres qui cherchent à allumer le feu de la démocratie et de la liberté en Afrique.

Sa nomination n’est pas donc à considérer comme une victoire des blogueurs africains mais comme celle de toute cette jeunesse qui a refusé de se faire manipuler pour se battre pour les vraies causes du continent.

A travers cette victoire, c’est la jeunesse qui gagne, c’est l’Afrique qui gagne car désormais, la voix de la jeunesse se fera, sans aucun doute, entendre à l’Union Africaine à travers la blogueuse Aya Chebbi.

L’épidémie du virus Ebola est loin d’être finie en RDC

L’ Ebola est un virus qui provoque une hémorragie importante et une défaillance des organes, et qui peut entrainer la mort. Cette dixième épidémie qui touche l’est de la République Démocratique du Congo présente un risque de propagation « très élevé » par rapport aux précédentes. C’est ce qu’a révélé l’OMS en se basant sur la dynamique de la population, qui est très mobile.

En plus de cette dynamique, il faut craindre les pratiques des populations locales habitant les zones à risques. Même s’il y a des mesures de précaution qui sont prises, cette épidémie ne sera pas vaincue sans une prise de conscience collective face au danger que représente l’épidémie. Signalé à Magina, un village à 30 kilomètres au sud-ouest de Beni, le virus sévit dans un environnement complexe sur le plan sécuritaire et humanitaire.

Insécurité + Ebola, un plat amer pour la population de Beni

La situation humanitaire en RDC est d’autant plus dramatique que le nouveau foyer d’Ebola subit déjà des violences. Si l’épidémie a tué jusqu’alors 101 personnes (chiffres rendus publics par l’OMS), les massacres perpétrés par les présumés rebelles ADF-NALU en font bien plus. Souvent, les attaques de ces rebelles font tourner au ralenti les activités de riposte contre cette épidémie.

A côté du danger que représente Ebola, fleurit l’insécurité. A mon avis, ce qu’il faut faire en premier pour vaincre cette épidémie c’est la sécurisation de cette région pour permettre aux intéressés de bien mener la riposte.

La plaisanterie des pygmées de la région

Les pygmées sont reconnus en tant que premiers habitants de la République Démocratique du Congo. Avec le développement des grands centres urbains et l’accroissement de la population, ils se sont retirés dans des zones inhabitées où ils continuent à vivre de la chasse, la pêche et la cueillette.

Ayant été sensibilisés sur le danger de consommer la viande des animaux sauvages qui serait vecteur du virus, ils ont carrément rejeté cette recommandation. Face aux raisons qu’ils avancent dans l’audio ci-dessous réalisé par une radio locale de Goma – et dont la réutilisation m’a été autorisée -, je pense que seul le vaccin anti Ebola pourra protéger cette communauté à haut risque. Sans ce vaccin, toutes les démarches qui seront entreprises ne pourront pas empêcher la propagation de ce virus mortel.