La révolution ne sera pas en ligne

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Photo : Flickr.com , image modifiée

Ça ne sera pas sur Facebook ou en live sur Periscope, rien ne sera streamé,
Personne ne pourra se connecter, se déconnecter, enregistrer ou filmer,
On ne pourra pas prendre un capture d’écran, recadrer moins encore filtrer
Avec une application de selfie pour partager avec des followers ou pour tweeter
Car la révolution ne sera pas en ligne, elle ne sera pas médiatisée.

La révolution n’apparaîtra pas ni sur le fil d’actualité, ni dans la galerie photo,
Il n’y aura pas de bouton sur lequel cliquer pour l’enregistrer en format vidéo,
Que ce soit en MPEG, AVI ou DIVX, il n’y aura pas la possibilité de liker,
Les réactions du visage tout comme la section des commentaires seront désactivées
Car comme l’avait dit Gil Scott, la révolution ne sera pas télévisée.

La révolution ne répondra pas en urgence à tes chats dans Messenger,
Que ta boite de réception soit pleine ou pas, cela ne l’intéresse pas,
Elle se fout catégoriquement des fake news et des intox,
Même les photos nues des activistes et politiciens échangées inbox
N’auront aucun effet sur la révolution car elle sera orthodoxe.

La révolution ne sera pas tendance comme le hashtag #BalayerLesMediocres sur Twitter,
Aucune balise de métadonnées ne sera générée pour susciter des débats sans ampleur,
On n’aura pas besoin du wifi ou du VPN pour accéder à notre page révolutionnaire,
La révolution n’est pas une application à télécharger sur son téléphone iPhone ou Android,
Car elle sera menée par des humains et non par des périphériques et des droides.

La révolution ne sera pas enregistrée et diffusée en direct à la télévision,
Après le discours de Kabila sur l’état de la nation ou le sermon de Mosengwo,
Il n’y aura pas d’images de la marche des protestations des chrétiens catholiques
Ni celle des blessures de Martin Fayulu répondant à l’appel du comité laïc,
La voix des jeunes de la Lucha ligotés dans un camion de police sera étouffée,
Ils ne seront pas capables de crier « le peuple gagne toujours » sans trembler
Comme Rossy Mukendi, Luc Nkulula et Thérèse Kapangala l’ont fait,
Car la révolution ne sera pas dans le buzz et les propos controversés.

La révolution ne sera pas interrompue par les coupures intempestives de l’électricité
Car ce n’est plus le moment de se détendre, elle est à notre porte, à notre portée,
Congolais, enfile tes baskets et bats-toi pour ton droit, remplis ton devoir citoyen,
Ne pense pas que tu verras un appel à l’action dans une publicité à la télévision
Car il ne s’agit pas du festival Fikin, encore moins d’une bouteille de vin,
Mais du destin de tout un peuple, du sort des futures générations et de toute une nation.

Vas-y Congolais car la révolution ne sera pas en ligne,
Elle ne sera pas en ligne ! Elle ne sera pas en ligne !
Mon frère, la révolution ne sera pas en livestream,
La révolution sera hors ligne.

Poème triste

Ta vie s’étiole au fil des jours
Laissant ta jeunesse derrière toi.
Tu as “la maladie d’amour”
Et elle t’emmène à petit pas.

Il est des saints à gueules d’anges
Que l’on croirait enfants des dieux
Mais qui, insidieusement, s’arrangent
Pour, dans le cœur, te planter un pieu.

Et ils sont là, qui font les beaux
Et t’attirent dans leurs pièges motels.
Est assassin l’infâme salaud
Qui t’a tué dans un “je t’aime”.

Puis, la nouvelle, comme un séisme
Qui tombe à plat résonne
Et moi, roi de l’égoïsme
Reste là, planté comme un oligophrène

Et voilà que l’espoir s’envole
Et ouvre grand la porte de l’angoisse
Je me mets à prier des idoles
Que je n’ose regarder en face.

Je les supplie, leur vend mon âme
Pour qu’ils t’accordent un long sursis,
Pour que, par tes magiques charmes,
Ils te rende ta si jeune vie.

L’amour a beau nous rendre fort,
Tellement des purs dangers le guettent…
C’est comme flirter avec la mort
Même si on fait semblant de tenir la tête…

Au finish, c’est toujours elle qui l’emporte
Voila pourquoi les larmes débrident
Mes mots, que mon poème est triste
Car la maladie d’amour, le SIDA, est rude
Et n’a même pas de remède.

Ô poète

Sans même que tu t’en doutes
Par la grâce de ton chant
Tu nous soutiens sur la route
Où nous allions en trébuchant.

Quand tout nous pèse et nous coûte
Qu’on pleure les jours d’antan
C’est toi qui mets en déroute
Nos soucis et nous détends.

Le corps s’épuise et se voûte
Et le froid sur nous descend
Mais sitôt que l’on t’écoute
Agit ton charme apaisant.

Ainsi, sans que tu t’en doutes
Ô poète par ton chant
Tu nous soutiens sur la route
Où nous allions en trébuchant.

Poème apparue dans Au Rencard des Lots. Cliquez sur ce lien pour acheter le livre en ligne.

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Au rencard des lots, par Jean-Fraterne Ruyange et Ange Banyene, est un recueil des poèmes qui a remporté le Prix RDC du Manuscrit Francophone 2016

Hommage à Rossy Mukendi Tshimanga

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Rossy Mukendi
Illustration : M. Kadima Art, avec son aimable et amicale permission

Rayon de soleil qui s’éteint
Obscurité qui se repend sur toute une génération
Sémillante, résolue à l’ultime bataille
Sans se soucier de la hauteur du danger, quitte à
Y laisser la vie, pour anéantir le joug de la dictature.

Mourir pour la liberté, était ton credo
Usant ta bravoure pour exiger une démocratie sans
Kalachnikov, un idéal qui les a tourmenté…
En tirant sur toi, c’est sur l’avenir du pays qu’ils
Noient dans la barbarie et l’affliction.
Demain, ces adeptes de la perfidie tenant les rênes
Ignobles de la tyrannie seront terrassés…

Toujours sur le créneau
Sans jamais courber l’échine,
Humant l’arôme alléchante d’une liberté
Imbibée d’espoir, se profilant à l’horizon
Mukendi, tu as été, pour nous tes compatriotes,
Admiration, une inspiration et fascination.
Nous poursuivrons cette lutte, combien périlleuse
Gémissant ou souriant, peu importe,
Afin que tu ne sois mort pour rien.

« La peur a changé de camp,

la victoire est certaine! »

Par Jean-Fraterne Ruyange

A mort Cupidon !

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Peinture Cupidon
Photo : Pixabay.com, réutilisation autorisée

Vénus est distraite
Aphrodite est morte
Valentin n’est qu’un mythe
Et toi tu te dispute les assiettes !

Tu devrais aller à la retraite
Pour ne pas troubler l’utopie de Cendrillon et Barbie
Laisse Picasso redonner l’éclat aux cœurs tristes
Halte! Ne te mêle pas des contes des fées de Walt Disney.

Dispenser l’amour, provoquer une alchimie magique
Voilà à quoi étaient destinées tes flèches empoisonnées, Cupidon,
Tu as rendu l’amour rare et monstrueux, ton bilan est catastrophique
En créant Valentin tu as été con, ce mec est un vrai bidon.

Il n’offre les cœurs sensuels qu’aux plus offrants
C’est aux enchères qu’il vend les histoires les plus romantiques
Jamais tu n’as su placer tes foutues flèches correctement
Et les vrais amoureux en payent le prix : Nostalgie, crise cardiaque.

Es-tu conscient de la pagaille que tu sème au milieu des gens :
Que des beaux yeux rougissent pour pleurer des voyous vauriens
Que pour des salopes s’effacent des sourires charmants
L’amour vire vers la calamité, tout ça de ta faute crétin.

« A mort Cupidon » Tel est le cri de tous ces célibataires anonymes
Qui joignent leur voix aux rimes enragées de mon poème
Et si cela n’est pas la solution, c’est en tous cas notre proposition
Car tu as sans doute failli à ta mission !
« A mort Cupidon!!!!!!!!!!!!! »

Par Jean-Fraterne RUYANGE