Ma première fois en prison : les trois leçons retenues

Oui, c’est arrivé. Normalement, je devais avoir honte d’en parler car j’avais fait le serment que « mes pieds ne fouleront jamais une prison ». Hélas ! le serment a été violé… Bah, voilà, j’ai été en prison. Comme je ne me reproche rien, comme je n’ai commis aucun crime , je crois qu’il faut que je partage la mésaventure qui m’a conduit jusque-là, ainsi que les trois leçons que j’ai pu en tirer.

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Image utilisée à titre illustratif
Photo: Wikicommons

Un peu de lumière pour comprendre l’histoire

Tout commence ce samedi 31 mars. Je rentrais de mes routines journalières, quand j’ai entendu sonner mon téléphone avant même de rejoindre le toit familial. Au bout du fil, l’une de mes grandes sœurs, d’une voix pleine d’affliction, me disant : « Viens vite, je suis foutue, ton beau-frère vient encore de faire ce qu’il sait faire le mieux. » Conscient des épisodes malheureux qu’elle est en train de vivre dans son foyer, j’ai tout de suite compris que quelque chose clochait.

Je me suis donc précipité chez elle et, sans surprise, je l’ai retrouvée dans un état critique, non parce qu’elle était malade mais parce que son mari avait disposé sérieusement d’elle. Mon premier réflexe était d’appeler les secours, ce que je fis. Elle a été conduite à l’hôpital et comme il commençait à faire nuit, je suis resté chez elle, question de veiller sur sa maison, son lâche de mari ayant déjà fuit l’affaire.

Le lendemain matin, son mari revint avec une meute armée jusqu’aux dents de toutes les menaces et insultes du monde : « Celui qui est dans notre maison doit voir aujourd’hui de quel bois nous nous chauffons », clamaient-ils. Épeuré, je me suis enfermé dans la maison, me sachant pas assez fort pour les affronter tous. Entre temps, ma grande sœur avait entamé une procédure auprès de la police pour faire arrêter son bourreau de mari.

J’attendais donc l’intervention de la police pour sortir enfin de sa maison sans risquer de me faire… Mais son mari n’a pas attendu, il a aussi fait appel à la police pour me faire sortir de la maison. Et comme on le dit souvent : « Quand le mal prend l’ascenseur, le bien  prend l’escalier ».

L’intervention demandée par le bourreau a été plus rapide que celle de sa victime, ayant était motivée. Sans rien demander, sans vouloir appréhender la réalité des choses, la police a directement procédé à l’effraction, juste pour saisir le petit poète et blogueur étudiant que je suis.

Jusqu’à trois portes ont été cassées par la police nationale congolaise pour me faire sortir de ma cachette. Baïonnettes, coups de poings, coups de pieds, injures… sont les mets qui ont assaisonné la coupe des tortures que m’a fait avaler notre police toute puissante, me laissant le goût salé du sang plein la bouche. Ils m’ont donc emmené comme un vrai criminel, ligoté, les coudes serrés l’un contre l’autre dans le dos.

Voilà en résumé la suite des événements qui m’ont conduit jusqu’en prison. Heureusement, la souffrance est aussi bon professeur que la joie. De cette expérience malheureuse, j’ai donc retenu quelques leçons.

1. La police protège les pots de vin et ceux qui les paient

Les OPJ alertés par ma grande-sœur sont donc arrivés quand j’étais déjà aux arrêts. Ils devaient alors intervenir pour que je sois libéré avant de poursuivre leurs enquêtes. Une fois libre, mes effets extorqués par la police étaient portés disparus. Je ne sais pas si je dois parler de vol ou comment. Quand les policiers prenaient ces objets, ils les mettaient directement dans leurs poches. Je peux donc en déduire que leur intention était de voler.

Il s’agissait de mon sac à dos contenant un ordinateur portable, son chargeur et tant d’autres petits trucs dont mes écouteurs, mon chargeur, ma montre, mes flashs disques… ; mon portefeuille contenant ma carte d’électeur, trente dollars U.S et quelques francs congolais ; voire même mon mouchoir contenant de la mor**. Quelle honte !

Ayant constaté que le criminel était leur bienfaiteur, celui qui les a payés pour qu’ils me torturent, ces même policiers ont organisé son évasion. Alors qu’il devait être mis en détention préventive pour faciliter les enquêtes, il a ainsi échappé aux officiers de police judiciaire (OPJ), grâce au professionnalisme cynique de notre police.

2. L’unité de mesure de la loi c’est l’argent

Le lendemain, un mandat d’arrêt a été émis contre mon « beau-frère ». Accompagné par les OPJ, nous avons tenté tant bien que mal de le retrouver et, Dieu aidant, nous l’avons retrouvé. Il a été mis en détention préventive le temps que les OPJ dressent un procès-verbal sur mes déclarations. Je l’ai donc laissé entre les mains de la justice en attendant que justice soit faite. Curieusement, dans la soirée, on m’a rapporté qu’il circulait au quartier en homme libre.

« Comment est-ce possible ? », c’est tout ce que je me suis murmuré. Pendant que sa femme croupissait à l’hôpital, sans tenir compte des circonstances aggravantes de son forfait au vu de ce qu’il m’a fait subir, un trait était déjà tiré sur l’affaire qui l’incriminait. Des fuites selon lesquelles il a déboursé jusqu’à 1000$ nous sont aussi parvenues.

L’affaire était donc classée sans suite. Les dommages subis par ceux qui ne peuvent pas acheter la justice, on s’en tape ! C’est ta capacité à remplir les poches des hommes des lois qui te place au-dessus ou au-dessous de la loi.

3. L’État est mort, vive la jungle

La justice congolaise entonne chaque jour le requiem de la « Res publica »Mais les gros poissons avalent les petits sous les yeux indifférents de la loi. L’actuel paysage politique du pays en est l’argument le plus éloquent. L’impunité prend des drôles des proportions qui débouchent pour la plupart sur les règlements des comptes, la vengeance, tout ça de la faute de la justice.

Imaginez un peu, un pauvre étudiant extorqué de tout ce qu’il possédait et que la justice l’abandonne à son triste sort… Quel serait son premier réflexe ? Ou alors une femme battue à mort par son mari, puis abandonnée sans aucune assistance…

Cela ronge le cœur, crée la haine et la rancœur. Oui, je n’ai pas peur de le dire, ces bavures judiciaires nous plongent dans une jungle qui ne dit pas son nom. Je ne suis pas le premier à en être victime, c’est pourquoi je ne vais pas taire ces aberrations. Au-delà de démasquer les promoteurs de ces absurdités, je suis aussi prêt à les déshabiller pour que leur folie criminelle soit enfin mise à nue.

 

La disgrâce du héros

Marc (nom d’emprunt) était passionné par la vie militaire depuis sa tendre enfance. Il passait la plupart de son temps à fantasmer sur des films d’actions hollywoodiens montrant des scènes guerres. De Schwarznegger à Chuck Norris, en passant par Stallone, Bruce Willis,… c’étaient là les vedettes de son enfance.

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Laurent-Désiré Kabila et ses Kadogo
Photo: Médias Congo, réutilisation autorisée

Par Jean-Fraterne Ruyange

Son rêve a toujours été d’intégrer l’armée pour défendre et l’intégrité territoriale de son pays, le Zaïre, et participer à la construction de la paix. A l’époque, ces deux motivations étaient illusoires car avant de combattre pour la paix, il fallait combattre la dictature.

Les années de gloire

C’est ainsi, qu’en 1995, il a intégré l’AFDL, la rébellion qui a renversé Mobutu, alors qu’il n’avait que 14 ans. Avec tant d’autres KADOGO (enfants soldats en swahili), Marc a combattu vaillamment de victoire en victoire, contre le régime dictatorial. Sa joie était immense, la fierté déborder dans son regard en se voyant porter l’uniforme de la vigueur et de la bravoure.

Entre 1996 et 1997, Marc parcourut plus de 1500km à pieds, soit de Fizi (dans la province du Sud-Kivu) à Kinshasa, en passant par le Nord-Kivu, le Maniema, la province orientale et l’Équateur. Une fois dans la capitale congolaise, c’était mission accompli, c’était la victoire ultime des combattants du peuple. La lueur de la démocratie surgit, l’espoir d’un lendemain radieux survint.

Mais comme on le dit souvent, et d’ailleurs c’est bien évident, « les bonnes choses ne durent pas longtemps. » Le 16 janvier 2001, celui qui a su combattre la dictature, celui qui redorer les blason de toute une nation, celui qui a redonner l’espoir à toute une nation, le Mzée comme on aimait l’appelait, fut assassiné…

Laurent-Désiré Kabila est mort. La gaieté du peuple congolais s’envola, la lutte on ne peut plus périlleuse qui a vu une participation combien nombreuse des KADOGO s’assombrit. c’était le chaos total, c’était le désespoir, un revers qui affecta les Congolais aux quatre coins du pays. L’armée fut sujette à des défections, les rebellions naquirent, le bout du tunnel s’éloigna de plusieurs lieux.

La misère apprivoisée

Marc a vécu son rêve le plus fou encore adolescent. Il s’est fait enrôler, il a combattu et il a vaincu. Désormais, il a 19 ans et tout semble s’envoler. L’officier qui était au commandement de son bataillon la rébellion avec ses hommes. Marc fut l’une des rares têtes n’ayant pas suivi ses pas, soucieux de rester au service de la nation.

Il a donc été attaché à un autre bataillon mais il perdit tout enthousiasme envers l’armée. Plus de cause noble pour laquelle se battre avec ardeur, plus de salaire ni d’encadrement pour les hommes en uniforme. Le film de sa vie s’est brutalement transformé en une répugnante scène suscitant remords et culpabilité chez l’homme qui voyait naître en lui un héros de patrie.

Plusieurs guerres, plusieurs batailles se succédèrent où il ne fallait combattre que pour sa survie et Marc s’en sortait toujours un seul morceau. Sa courage et sa force ne se sont pourtant jamais vu récompenser à leur juste valeur. Lui qui a participer à « la guerre de libération », lui dont le rêve était de combattre pour l’intégrité, la stabilité et la paix dans son pays, il se retrouve aujourd’hui domestique(valet) dans la maison de son colonel avec comme mission : faire la vaisselle, balayer la cour, faire le ménage, cuisiner et puiser de l’eau pour son supérieur.

Kargasok : une légende chinoise qui tue la jeunesse de Goma

« Depuis l’antiquité, l’homme a pressé les raisins pour en recueillir du jus. La fermentation naturelle, due à l’action de levures présentes dans le moût a transformé le sucre en alcool et en gaz carbonique. Le gaz s’échappant de lui-même, il en est resté le jus alcoolisé. Ainsi naquit le vin. » – Gérard Gosselin

Ma mère est parmi les premières personnes à être tombées sous le charme du Kargasok, à Goma. Je ne sais plus en quelle année elle a commencé à en fabriquer, mais je me souviens quand-même que cela remonte à ma petite enfance. A l’époque, c’était une « merveille » inconnue du grand public. Elle en fabriquait pour une consommation domestique familiale. Elle n’en vendait pas, et même si elle pouvait en vendre, je suis sûr qu’elle ne pouvait pas avoir des clients à cette époque-là. Mais, d’abord, c’est quoi le Kargazok ?

Une légende ?

Le Kargasok est un jus alcoolisé obtenu à partir d’un champignon du thé dit « Kombucha », un mot russe signifiant littéralement « algue de thé ». D’après le site eBay, où il est possible d’acheter le fongus via internet, ce jus serait originaire de la Chine. Ici, sa consommation a vu le jour deux siècles avant notre temps et on l’appelait « élixir d’immortalité ».

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Un verre de Kargasok

Il a revêtu de plusieurs noms à travers les âges et les pays où il a été importé. En Russie on l’appelait « fontaine de jouvence », au Japon « champignon des héros », sous d’autres cieux « champignon miracle » ou encore « champignon de charité »…

Si le Kargasok a toujours été prisé, c’est suite à une liste exhaustive des maladies qu’il soignerait qu’il a connu son essor. Sa préparation requiert une si grande vigilance ainsi que plusieurs exigences. Même si le Kargasok est considéré comme étant une boisson miraculeuse et bénéfique pour l’organisme, ses bienfaits ne sont traduits qu’en simples témoignages des personnes qui l’ont consommé et qui, dès lors, ont retrouvé la forme et la santé.

Cependant, en essayant de creuser dans mes recherches, je ne suis tombé sur aucune étude approfondie sur le Kargasok en termes d’efficacité, à proprement parler, sur la régulation du système immunitaire. Si quelqu’un peut m’orienter dans ce sens, merci de me laisser un commentaire.

Comment le Kargasok tuerait la jeunesse de Goma ?

Cette dernière décennie, le thé mystérieux a été mis à nu. Il a tellement affolé toute la population gomatracienne qu’il s’est retrouvé commercialisé à tous les coins de rue. Les commerçants ont attribué au Kargasok d’autres vertus, oubliées dans la légende chinoise, dont celle d’aphrodisiaque et d’apéritif pour accroître leur clientèle.

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Fongus servant à fermenter le Kargasok

Ce marketing a été payant et a envoûté simultanément la curiosité et la soif de plusieurs jeunes. Pour ne pas perdre leur clientèle déjà conquise, les commerçants ont du modifié la formule traditionnelle du Kombucha. Actuellement, à Goma, pour sa préparation, les commerçants font intervenir plusieurs roueries : des noyaux d’avocats aux racines d’arbres en passant par des stupéfiants et drogues, dont le cannabis.

De « fontaine de jouvence » à « fontaine d’indécence », le Kargazok a fait des victimes parmi les jeunes, sous l’œil indifférent des autorités politico-administratives. Alors que l’OCC (Office Congolais de Contrôle) a émis des doutes sur ce jus car ne provenant d’aucun fruit et n’étant pas un médicament prouvé scientifiquement, sa consommation n’est soumise à aucune réglementation.

Quand l’église devient la bête noire du pouvoir de Kinshasa

Après le cardinal MOSENGWO, archevêque de Kinshasa, c’est le cardinal EKOFO, évêque de l’ECC (Église du Christ au Congo), le plus important regroupement d’Églises protestantes en RDC, qui a pris à parti les politiques congolais. Dans cet article collectif, nous vous présentons la lecture de 4 blogueurs de la #Blogoma, (Blogosphère gomatracienne), faite sur cette situation.

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Cathédrale de Kisangani
Photo: Wiki commons

 

Textes compilés par Jean-Fraterne Ruyange

Dans mon texte, je vous présente le synopsis du film retraçant la galère de la Majorité Présidentielle face à l’évêque protestant :

En « guerre déclarée » contre l’Église catholique, les politiques de la RDC se sont réfugiés chez les protestants pour honorer la mémoire des héros nationaux Laurent-Desiré Kabila et Patrice-Emery Lumumba. Par surprise, ici aussi l’orage a frappé. Les cieux se sont assombris pour la famille politique de Kabila, comme si la trajectoire d’un ouragan qui ne cherchait qu’à s’abattre sur elle était à ses trousses.

En trébuchant sur Mosengwo, la Kabilie est tombé sur un EKOFO faisant de son homélie en une excellente leçon de patriotisme. Avec des mots clairs et sans détours, telles des claques pour remettre les neurones de la classe politique en place, l’évêque protestant a donné un contenu magistral à l’adjectif « médiocre ».

Cette vérité sortie nue du puits était de nature à mettre à plat les batteries de la MP. Après la défaillance de l’opposition et des mouvement citoyens, la révolution tant attendue en RDC viendra-t-elle finalement de l’église ?

La révolution viendra t-elle de l’Église? s’interroge Innocent Buchu

L’attachement de l’Église au Peuple congolais est visiblement une réalité souhaitée. un besoin, une illumination, un trajectoire de la lumière vers un pays plus beau qu’avant. Les beaux et longs discours des politiciens sont obsolètes. Même sans microscope on sait reconnaître que le peuple n’a plus confiance en eux. C’est normal, lentement, péniblement le peuple a tout compris.

Ils ont signé l’accord et n’ont pas eu le temps ni le courage de l’expliquer au peuple. Les politiques ont faillis à leur mission, les mouvements citoyens sont aussi abattus. Ils dispersent leur énergie dans des luttes aux buts partagés pour finir en « bagatelles ». La situation politique de la RDC inquiète jusqu’à réveiller même les plus mous et le plus dociles. « Seul qui ne vit pas au Congo peut se taire »! L’Église vient ménager le village à fin d’être au milieu comme il se doit.

Toutes ces phrases qui tourmentent la quiétude du pouvoir étaient imprévisibles surtout venant de la part de l’ECC. C’est en tremblant que les membres de la MP présents dans la messe ont reçu la parole édifiante du Monseigneur EKOFO. C’est un combat, une lutte pour la lumière et la vérité. Un bon exemple de la non violence, il ne suffit pas de le dire mais de le vivre.

La constitution, l’accord, la Bible c’est pareil! On ne libère pas un peuple, le peuple se libère !

De sa part, Blaise Ndola n’appuie pas cette confusion qui vient s’imposer entre « foi » et « positionnement politique » :

Je voudrais plutôt appeler ici à dissocier la « foi » des couleurs politiques ou bien le positionnement politique au pays actuellement. Il est évident que le comité de coordination des Laïcs, une institution reconnue au sein de l’Archidiocèse de Kinshasa, était la première institution à caractère religieuse à se lancer ouvertement sur ce terrain au travers de l’opération « Trompette de Jéricho » lancée en collaboration avec certains mouvements citoyens. Toute l’église catholique, à travers ses différentes diocèses et paroisses, n’avait pas suivi ce mot d’ordre. Je me rappelle même des propos du Monseigneur Marcel UTEMBI, président de la CENCO et Archevêque de Kisangani, qui avait dit que les réalités se diffèrent pour chaque diocèse et que chez lui à Kisangani les cloches n’allait pas sonner.

Dire ici que le positionnement par rapport à la situation politique actuelle du pays était liée à l’appartenance à une quelconque foi ne serait pas logique. Tous les catholiques n’ont pas la même position quant à ce. Récemment, le Monseigneur Jean-François EKOFO, lors de la messe en mémoire des héros nationaux a aussi pris position en dénonçant même l’inexistence de l’État au Congo.

Dans son camp, appelé le camp des protestants, il est aussi loin de faire l’unanimité. Certains pasteurs des églises dits « de réveil » continuent d’apporter leur soutien indéfectible aux actuels autorités du pays. Il ne serait pas donc question de « foi » mais plutôt une question de perception personnelle de la situation. Sans oublier que les dits responsables des églises qui prennent position, influencent plus d’un de leurs fidèles.

Chez les catholiques comme chez les protestants, les propos des leaders religieux ne sont pas encore unanimes. Aussi, les deux grands regroupements religieux majoritaires au pays ne sont pas les seuls. D’autres regroupements religieux jusqu’à preuve du contraire soutiendraient encore le régime en place.

Dans son texte, Bienfait Akilimali, quant à lui, trouve la voie de sortie dans ce virage de l’activisme du civil à l’activisme religieux :

De l’huile sur le feu. Entre majorité et opposition, l’église a fait son choix. Après que les anti-Kabila dans toutes leurs couleurs (RASSOP; mouvements citoyens, société civile) aient essayé, en vain, toutes les démarches pour mener à l’alternance démocratique, c’est bien le tour des confessions religieuses. De l’activisme « civil » à l’activisme « religieux »; ne serait-ce pas une voie vers la solution ?

Les hommes de Dieu (évêques et pasteurs) vexés par « la mauvaise foi » du pouvoir manifestent leur dégoût. Désormais ils ne loupent pas l’occasion d’exprimer leur engagement aux coté du peuple chaque fois que les yeux et les oreilles se tendent vers eux. C’est, sans nul doute leur nouvelle stratégie. Ils estiment qu’il est temps que le pouvoir soit rendu au souverain premier, le peuple, pour qu’il se choisisse d’autres représentants pour le bien de tous.

2018, année de la médiocrité congolaise : Mais qui sont les médiocres en RDC ?

Depuis le début de cette année, les mots «médiocre et médiocrité » se partagent le paysage socio-médiatique de la RDC. Le baromètre électoral n’augure pas la décrispation du climat politique, un an après la médiation de l’épiscopat. L’an 2018 s’avère donc être une année cruciale ou « médiocre » pour la RDC.

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Qui sont les médiocres en RDC?

 

Par Jean-Fraterne Ruyange

Tout commence ce 02 janvier 2018 quand, en condamnant la répression violente des marches catholiques, initiées pour réclamer le départ du président Joseph Kabila, le Cardinal Laurent Mosengwo, archevêque de Kinshasa, a déclarer : « Il est temps que les médiocres dégagent et que règnent la paix et la justice en RDC. »

Des propos qui dérangent

Lorsque j’ai lu les réactions des certains compatriotes sur les précités propos du Cardinal, j’ai eu du mal à comprendre qui seraient vraiment des « médiocres » au pays.

Tenez ! Voici la carte postale du Congo de 2017 : Un pays de 2 345 409 km2 et une population estimée à 85,5 millions d’habitants en 2017.

Un potentiel agricole de 75 millions des hectares de terres arables, mais qui ne sont cultivés qu’à 10 % ; 87 millions des hectares des terres pâturables occupées seulement à 8,5 % ; un potentiel halieutique annuel de 700 mille tonnes de poissons exploités seulement à 34 %.

Classé à la 178ème place sur 188 pays, la République Démocratique du Congo affiche l’un de plus faibles Indice de Développement Humain (IDH) au monde, un taux de pauvreté qui affecte 71,34 % de la population (moins d’1 USD/personne/jour), une malnutrition chronique qui affecte 43 % des enfants de moins de 5 ans et une insuffisance pondérale qui frappe 24 % de la population infantile.

Avec un taux d’accès aux soins de santé de 45 %, l’espérance de vie n’est que de 59 ans pour une moyenne mondiale de 69 ans. A l’exception de ses provinces frontalières des pays limitrophes qui profitent du commerce transfrontière, la majeure partie du pays est enclavée alors que ce sous-continent est doté d’un réseau de voies de communication, en état d’abandon hélas!

Ce réseau est constitué de 16 238 km de biefs navigables (maritimes, fluviaux et lacustres) et équipés de 50 ports, 5033 km de voies ferrées et 152400 km de routes. Sur le plan de l’énergie électrique, le Congo détient un potentiel hydroélectrique de 100 mille MW exploité seulement à 2,6 % et il affiche un taux d’accès à l’électricité de 9 % pour les populations contre 83 % dans le monde.

Le chômage de masse affecte 84 % de la population active et le PIB en 2016 s’élevait à 800 USD par habitant, pour une moyenne mondiale de 16 400 USD par habitant, en étant classé ainsi 52ème sur 55 en Afrique.

Dis-moi qui te dirige, je te dirai quel peuple tu es

Chers compatriotes, avec tous ces potentiels, toutes les pierres sont-elles à jeter aux seuls « médiocres » ? Il n’y a pas de quoi pavoiser. Les propos du Cardinal, loin de nous offusquer, devraient plutôt nous inciter à méditer sur notre incapacité à transformer ce pays qui a tout pour être un paradis sur terre, un eldorado pour toutes les nations.

Culpabiliser le pouvoir en place ne rend pas le peuple innocent. Si « au royaume des aveugles, les borgnes sont rois », qui seraient citoyens au royaume où les médiocres sont rois ? »

On s’en réjouit et on en parle partout, cependant, en tutoyant l’autre, car chacun se reconnaît compétant. La médiocrité étant primordialement le choix du moindre mal, le pays ne se remplit pas des médiocres par un effet de génération spontanée. La seule chose véritable est que les médiocres en engendre d’autres, le comble étant qu’ils ne reconnaissent pas pourtant leur progéniture.

La médiocrité congolaise a placé à la tête du pays un médiocre et les médiocres lui servent de « garçons de course » (expression utilisée souvent par le blogueur congolais Frank Kaky pour désigner ces personnes atteinte du syndrome du Larbin) et ils en sont tous fier.

Les uns comme les autres jouent au son d’une guitare mal accordée, alors que l’impératif de responsabilité est d’avoir une intelligensia congolaise proactive, dotée des ambitions aussi grandes que les défis à relever.

Alors, dites-moi,  qui sont vraiment les médiocres en RDC ? Ceux qui traitent les autres de médiocres, ceux qui sont traités de médiocres ou ceux qui se réjouissent de leur quotidien médiocre ?

En nous réjouir de cette attribut injure faite par son éminence le Cardinal à nos dirigeants, rappelons-nous qu’elle concerne tous les Congolais, lui y compris, malheureusement.