Une nuit avec mamie (partie I) : le mariage dans les traditions ancestrales en RDC

Actuellement, il existe en Afrique trois modes des mariage : le mariage religieux, le mariage civil et le mariage coutumier. Ils cohabitent dans la plupart des sociétés africaines et sont même complémentaires. Ils sont à considérer comme des formes modernes de mariage, car, dans le temps, nos aïeux ont vécu d’autres formes de mariages, aussi surprenantes que déprimantes.

Mariage-traditions-coutumes-afriques

Ma grand-mère, racontant les histoires du passé

Par Jean-Fraterne Ruyange

« Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle » avait déclaré Amadou Hampâté Bâ. Et oui, il n’avait pas tort. Heureusement, j’ai encore une bibliothèque où abreuver ma soif d’entrer en contact avec mes racines. Il s’agit de ma grand-mère. Ici, je vous rapporte ce que j’ai lu dans son livre des souvenirs concernant le mariage dans nos traditions.

Quand je parle de « son livre des souvenirs », n’allez pas comprendre que je suis tombé sur une sorte d’ «agenda ou grimoire» où elle aurait conserver son vécu. Chez nous, « l’Histoire s’écrit à l’oral ». Lire le livre des souvenirs d’un griot consiste donc à s’asseoir auprès de lui et à l’écouter… Pour faire le coq, il suffit de lui poser des questions, en faignant de vouloir puiser la morale grâce à son expérience.

C’est là le jeu qu’adorent nos griots. Réussir à les embarquer dedans, c’est réussir à voler leur temps. Voilà comment je suis parvenu à voler à mamie presque toute sa nuit… Le nœud central de mon interrogation consistant à savoir comment se mariaient ses contemporains, elle a préféré me dévoiler aussi pourquoi ils se mariaient.

La procréation : cause, but et finalité du mariage

La première chose que m’a révélée mamie c’est qu’à son époque, il était difficile de parler de l’amour. Pour elle, les gens qui s’aimaient étaient ceux qui arrivaient à vivre ensemble sans précédents immondes. Il n’était donc pas question de chercher à cohabiter parce qu’on s’aime mais plutôt de chercher à s’aimer parce qu’on cohabite.

Il faut aussi souligner que dans tout cela, ce qui importait c’était de faire des enfants. Cohabiter pour faire des enfants. C’était uniquement pour cela que nos aïeux se mariaient. La cause, le but et la finalité du mariage était donc de faire des enfants. Une union sans enfants a toujours été considérée comme absurde parce-que les enfants sont une source de fierté, ils sont le prestige de la famille.

Comment se mariaient alors nos aïeux ?

A ce niveau, grand-ma a un peu trop parlé mais j’ai quand même retenu trois – parmi tant d’autres – des manières majeures dont se mariaient nos aïeux :

  1. Le mariage arrangé

J’aurais tendance à plutôt parler de mariage « forcé » mais le terme est un plus lourd. Il s’agit d’une union souvent précoce  pour les femmes. Selon les dire de mamie, cela s’expliquerait d’abord par l’inégalité des sexes. Dans nos traditions, la femme a toujours été considérée comme étant inférieure à l’homme. D’où le fait qu’ elle constitue une charge pour la famille, il faut donc s’en débarrasser le plus tôt possible.

Ce mode de mariage a toujours été prisé en Afrique par les familles pauvres qui cherchent à créer des alliances stratégiques avec les familles des riches.

À ce niveau, ce sont les parents qui choisissent à qui donner leur enfant en mariage. Il ne s’agit donc pas de deux êtres qui s’aiment mais de deux personnes qu’on oblige à s’aimer.

  1. Le mariage choisi

Je l’ai qualifié d’ « amour choisi » car je n’ai pas trouvé d’autres mots qui pourraient illustrer cela mieux. Ici aussi, il ne s’agit pas d’épouser qui on aime mais plutôt de choisir qui épouser. L’époux ou l’épouse est choisi(e) en fonction de ses aptitudes et/ou de ses atouts (excellent chasseur, très bon cultivateur, bonne danseuse, chanteuse ou encore bonne ménagère…).

Une fois d’accord entre eux, ce qui incombe encore aux deux partenaires c’est de convaincre leurs parents respectifs sur leur choix. Pas donc de mariage possible dans nos traditions sans l’implication des parents. Ce sont eux qui approuvent ou désapprouve l’union, qui plus est, en dernier ressort. Pas d’appel à leur décision.

  1. Le mariage par rapt

Voilà le mode de mariage qui m’a le plus intéressé. Avec celui-ci, pas question de rater la femme de ses rêves. Dans ma situation, il serait le remède par excellence qui adoucirait mes pulsions amoureuses.

Le mariage par rapt chez nos aïeux, consistait à enlever la femme (fille) que l’on veut pour épouse. Cet enlèvement s’organisait par l’homme qui voulait fonder famille, en concert soit avec ses amis, soit avec sa famille. L’assaut était lancé une fois que la « mariée » se rendait à la rivière ou aux champs. Prise de force, son « homme » devait l’obliger à consommer leur union pour s’assurer qu’elle ne pourra plus revenir chez ses parents.

Après cette union, qu’elle veuille ou non de son mari, la femme était dans l’obligation de cohabiter avec lui. Dans nos traditions, une femme qui avait déjà connu un homme ne pouvait pas être mariée par un autre. La virginité avait donc une place de choix dans le mariage. Ces mêmes traditions ne permettaient pas non plus aux femmes de rester célibataires. Voilà pourquoi le mariage par rapt fonctionnait aussi plutôt bien.

Pour lire la deuxième partie de ce billet, cliquez ici.

L’élection est hellène, la répression est nègre

L’avenir de l’Afrique ne sourit pas à la démocratie. Il est clair que le casse-tête autour des élections est la preuve la plus tangible de l’incompatibilité entre nos us et coutumes et la démocratie.

arrestation-arbitrale-repression-manifestation

Arrestation brutale en marge d’une manifestation à Kinshasa contre le pouvoir de Joseph Kabila (Photo d’illustration). © AA/Pascal Mulegwa avec son aimable autorisation

Par Jean-Fraterne Ruyange

Chaque fois que je me pose la question de savoir si les pays africains sont démocratiques, je tombe dans l’embarras. J’observe ce qui se passe à l’occident lorsqu’on y parle de la démocratie : la liberté d’expression, l’alternance au pouvoir, l’indépendance du pouvoir judiciaire et toutes les valeurs qui y sont liées. Je me demande ce qu’il nous faut pour enfin apprivoiser ces valeurs qui promeuvent la paix, assurent le développement, raniment l’espoir…

Tout ce que la démocratie a de positif ne se vit pas dans la plupart des pays africains. Mis à part une dizaine des pays, dont la Tunisie, le Ghana, le Cap-Vert, l’Afrique du Sud et la Tanzanie, où les délais constitutionnels sont observés, la démocratie met à feu et à sang le reste du continent noir. Comment y parler de la démocratie ?

D’ailleurs, c’est quoi la démocratie?

Si, pour Abraham Lincoln, « la démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple », en Afrique il convient de parler d’une démocratie de façade, une démocratie caricaturée.

« Le peuple étant le souverain primaire, il exprime sa volonté à travers la constitution puis lègue sa souveraineté à une poignée de personnes qu’il se choisit pour exercer cette souveraineté, car tous les citoyens ne peuvent l’exercer au même moment. » En tout cas, c’est ce que je pense être la démocratie sous d’autres cieux, sauf dans le berceau de l’humanité.

Est-ce alors le peuple africain qui ne sait pas exprimer sa volonté ou est-ce dans la nature de ses dirigeants de conserver les attributs vétustes du pouvoir que sont la divinité et la sacralité ? Si ce n’est pas ça, qu’est-ce qui expliquerait la monstrueuse dénaturation de la démocratie qui donne à nos jours « le pouvoir du plus fort, par le plus fort et pour les plus forts » ?

La liberté est morte, vive la répression

Une démocratie sans piliers, je ne sais pas si s’en est une. Bouches muselées, médias scellés, libertés bafouées, élections simulacres ou simplement inexistantes. Après le vent des indépendances des années 60 et le vent des démocraties des années 90, maintenant c’est le vent des répressions qui souffle sur le continent noir.

Après les échauffourées au Kenya, où on a assisté à l’annulation des élections présidentielles pour la toute première fois en Afrique, aujourd’hui c’est en République Démocratique du Congo et au Togo où on assiste à des soulèvements des masses.

Les faits ne sont pas que récents, le maintien au pouvoir en 2015 de Pierre Nkurunziza a coûté la vie de plus 2000 Burundais. Les Burkinabés, quant à eux, bien qu’ils aient pu faire partir Blaise Compaoré par les émeutes de fin octobre 2014, on a dénombré plus de 100 blessés et une trentaine des pertes en vies humaines. Et la liste n’est pas exhaustive…

Les urnes, mythe ou cauchemar ?

Certes, il arrive que les pays africains fassent parler les urnes mais ce n’est toujours pas la volonté du peuple qui en ressort comme résultat. Les élections ne sont rien d’autre qu’un moyen de légitimer un pouvoir spolié et arraché au peuple.

Comme Ali Bongo, le président gabonais, l’a dit en 2005 : « En Afrique, on n’organise pas les élections pour les perdre. »

La souveraineté du peuple se trouve donc confisquée par ceux qui détiennent les moyens de contrainte : les forces de défense et de sécurité (armée, police) et l’argent du contribuable (achat des consciences).

Le peuple ne trouve aucun compte dans tout cela. Sa souveraineté n’est plus qu’escroquerie. Il n’a délégué personne et personne ne lui rend aucun compte. On comprend alors que la démocratie n’est pas le système politique qui convient aux Congolais.

A quoi bon se battre jour et nuit pour une démocratie qu’on ne saura pas adopter ou pour des élections qui ne vont apporter aucun changement ? La kyrielle de journées villes mortes et manifestions que nous impose la démocratie ne fait que nous détourner des vrais défis que nous devrions relever. Aujourd’hui, nous ne savons pas voir combien toute l’Afrique avance à reculons, combien l’économie de la plupart de nos pays est aux abois…

A lire aussi ===> La descente aux enfers de l’économie congolaise