Lettre à Rémy NGONO : Joseph KABILA reste le président de la RDC

Cher Monsieur Rémy Ngono, je m’intéresse à vos réflexions sur l’Afrique et sur ses questions des sociétés. Votre verbe est fulgurant. Cependant, il me semble de plus en plus déplacé, en ce qui concerne mon pays, depuis les élections du 30 décembre dernier.  Voici le fondement de mon inquiétude

De prime à bord, je tiens à vous rassurer : je ne suis qu’un jeune blogueur. Sans autant de notoriété que vous dans l’espace publique. D’ailleurs, je ne suis pas très sûr que ma lettre vous parvienne. Mais si jamais c’est le cas, je serai heureux de lire votre réponse, même en commentaire.

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Joseph Kabila, président de la RDC 2001-2018
Photo: Wikicommons

Mon inquiétude tient justement à la notoriété dont vous jouissez : je pense à la pluralité de jeunes africains qui, comme moi, vous prennent pour un modèle, un exemple et un leader à suivre.

Sur le cas précis de la RDC, en effet, je crois que les publications sur votre site « Coups Francs » sont en déphasage total avec la réalité. Laissez-moi vous éclairer cela en trois points :

  1. Un changement dans le régime diffère d’un changement de régime

C’est une série dont le titre le mieux adapté est « un imposteur peut en cacher un autre ».  S’il y a des Congolais qui s’acharnent à réclamer la vérité des urnes, ce n’est pas qu’ils témoignent de la haine en la personne du président « élu ». C’est simplement qu’ils sont conscients qu’un État de droit n’est ni bidouillage ni compromission. En tant que citoyens, c’est le peuple que nous défendons et non des personnes. C’est pour les valeurs démocratiques que nous nous battons pour redorer la mère patrie qui nous a vus naître.

Les Congolais ont affaire à la plus grosse escroquerie électorale que seuls les ennemis du Congo feront passer pour de la haine. Nous avons assisté à un hold-up électoral, une escroquerie sans nom. Les Congolais étaient sur le point de vaincre les fantômes de leur histoire mais c’est encore 5 ans qu’ils vont amèrement consommer en otage.

Dans le cas de figure, le Congo va connaître l’alternance au pouvoir mais pas l’alternance politique. Or, pour mener des réformes structurelles, il faut l’alternance politique. Il faut forcément cette alternance politique pour gouverner autrement.

Imaginez un peu François Hollande qui continue à occuper les Champs Élysées après l’investiture de Macron qui, lui, va diriger la France à partir du Quai d’Orsay. Voilà c’est ce qui se passe au Congo : l’ex-président continue à occuper la résidence officielle du président de la République. C’est qui le boss ?

Bien plus, comment expliquer qu’un regroupement politique avec moins de 20% des voix aux présidentielles peut se retrouver avec plus de 70% des voix aux législatives que ce soit nationales et provinciales ?

Tshisekedi risque de se retrouver avec un bureau mais sans pouvoir. Comment fera-t-il passer une loi alors que le pouvoir législatif n’est pas de son côté ? Pire encore, dans les arrangements particuliers qui ont favorisé sa nomination, Tshisekedi a hypothéqué les pouvoirs régaliens : la primature, la défense nationale, la justice et les finances. Finalement à quoi va lui servir cette présidence ? Et où se trouve l’intérêt du peuple dans tout ça ?

  1. Tshisekedi n’est pas un président élu, c’est un président nommé
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Des agent de la CENI portant une urne dans un bureau de vote
Photo: Flickr

C’est difficile de nous accorder tous sur qui a remporté les élections. Soyons au moins d’accord que la publication des résultats bureau par bureau est impérative.  Cela rendrait cette supposée victoire de Tshisekedi plus transparente et mettrait tout le monde à l’aise. Je ne sais pas dans quel pays au monde se disant démocratique, on donne des résultats globaux des élections sans faire état des résultats partiels.

Kabila est un fin stratège. Mieux que Mobutu, il ne tue pas ses opposants mais il les manipule très bien. Nous avons voté sous la lumière du jour, Tshisekedi a été proclamé vainqueur nuitamment par la CENI. Et la cour constitutionnelle qui est venu mettre le coup du KO, l’a aussi fait dans les ténèbres. Ce qui démontre suffisamment qui la vérité des urnes s’est fait éclipsée.

Voilà une situation délicate dans laquelle est plongé le peuple congolais. La situation sera encore pire que sous le règne de Kabila. Thisekedi va certainement régner mais il ne va pas gouverner, à l’image du président allemand. D’ailleurs, pour commencer, c’est l’ex-président, réticent, qui aurait sélectionné les présidents invités à l’investiture de son successeur.

Tout le pouvoir reste concentré entre les mains du président fabricateur, le président fabriqué n’aura que l’ombre du pouvoir. Si Kabila a nommé Tshisekedi c’est parce qu’il a vu en lui un homme plus manipulable que le réel vainqueur des élections. D’ailleurs, si Tshisekedi aurait gagné pour quoi a-t-il négocié ?

  1. Le peuple a voté et KABILA a élu

A quoi ça sert la démocratie si ce n’est à exprimer la volonté du peuple qui est le souverain premier dans un État de droit ? A quoi ça sert l’alternance politique si elle ne reflète pas la vérité des urnes ? Ce qui me ronge le cœur c’est le fait de voir comment les maux du pays doivent s’expliquer par l’égoïsme de certains acteurs politiques. L’histoire jugera très sévèrement ces acteurs qui, une fois de plus, sont dans des calculs personnels.

Le feu Étienne Tshisekedi criait toujours haut et fort « Le peuple d’abord ». Actuellement Félix vient de piétiner la mémoire de son père en montrant à la face du monde que c’est ses intérêts personnels d’abord. La volonté du peuple, les valeurs démocratiques, tout cela vient après.

Si les Congolais se sont laissé faire en allant à ces élections malgré toute la tricherie qui a été organisé derrière c’était dans l’espoir de sanctionner ce semblant de démocratie qui les a plongés dans le désespoir. Alors que c’était déjà une mission accomplie, il y a une « alternance » qui donne l’impression d’un pays faisant un bond vers l’inconnu.

Nous autres Congolais, savons transcender nos ressentiments afin d’œuvrer pour l’apaisement. Nous savons combien notre pays en a besoin pour panser les plaies de ces élections truquées et se projeter vers l’avenir. Il convient, cependant, de diagnostiquer la vraie cause de ses plaies afin de prescrire les médicaments qu’il faut…

Kabila n’est pas parti tête haute comme il le prétend. Et il n’est pas non plus un exemple pour qui que ce soit. Que ce soit pour les autres dictateurs africains, que ce soit pour la jeunesse. Il est parti parce que le peuple le lui a obligé. Il n’y a pas longtemps il donnait l’ordre de tirer à balles réelles sur les manifestants. Il les a traqués jusque dans des églises et des hôpitaux. Ce combat du peuple a coûte la vie aux bébés dans des maternités…

L’Union Africaine, l’Union Européenne, la France et les États-Unis auront beau prendre acte de ce vol du siècle, nous en prenons aussi acte. Cependant, quand il y a une partie de l’Afrique qui subit une telle atrocité, en tant que dignes fils du continent, nous devons hausser le ton pour le décrier et le dénoncer. Comme l’ont fait les pères de nos indépendances, l’esprit panafricain dans nos âmes des patriotes. C’est ainsi que nous parviendrons à imposer au monde l’image d’un Afrique que nous voulons pour notre progéniture.

2018, année de la médiocrité congolaise : Mais qui sont les médiocres en RDC ?

Depuis le début de cette année, les mots «médiocre et médiocrité » se partagent le paysage socio-médiatique de la RDC. Le baromètre électoral n’augure pas la décrispation du climat politique, un an après la médiation de l’épiscopat. L’an 2018 s’avère donc être une année cruciale ou « médiocre » pour la RDC.

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Qui sont les médiocres en RDC?

 

Par Jean-Fraterne Ruyange

Tout commence ce 02 janvier 2018 quand, en condamnant la répression violente des marches catholiques, initiées pour réclamer le départ du président Joseph Kabila, le Cardinal Laurent Mosengwo, archevêque de Kinshasa, a déclarer : « Il est temps que les médiocres dégagent et que règnent la paix et la justice en RDC. »

Des propos qui dérangent

Lorsque j’ai lu les réactions des certains compatriotes sur les précités propos du Cardinal, j’ai eu du mal à comprendre qui seraient vraiment des « médiocres » au pays.

Tenez ! Voici la carte postale du Congo de 2017 : Un pays de 2 345 409 km2 et une population estimée à 85,5 millions d’habitants en 2017.

Un potentiel agricole de 75 millions des hectares de terres arables, mais qui ne sont cultivés qu’à 10 % ; 87 millions des hectares des terres pâturables occupées seulement à 8,5 % ; un potentiel halieutique annuel de 700 mille tonnes de poissons exploités seulement à 34 %.

Classé à la 178ème place sur 188 pays, la République Démocratique du Congo affiche l’un de plus faibles Indice de Développement Humain (IDH) au monde, un taux de pauvreté qui affecte 71,34 % de la population (moins d’1 USD/personne/jour), une malnutrition chronique qui affecte 43 % des enfants de moins de 5 ans et une insuffisance pondérale qui frappe 24 % de la population infantile.

Avec un taux d’accès aux soins de santé de 45 %, l’espérance de vie n’est que de 59 ans pour une moyenne mondiale de 69 ans. A l’exception de ses provinces frontalières des pays limitrophes qui profitent du commerce transfrontière, la majeure partie du pays est enclavée alors que ce sous-continent est doté d’un réseau de voies de communication, en état d’abandon hélas!

Ce réseau est constitué de 16 238 km de biefs navigables (maritimes, fluviaux et lacustres) et équipés de 50 ports, 5033 km de voies ferrées et 152400 km de routes. Sur le plan de l’énergie électrique, le Congo détient un potentiel hydroélectrique de 100 mille MW exploité seulement à 2,6 % et il affiche un taux d’accès à l’électricité de 9 % pour les populations contre 83 % dans le monde.

Le chômage de masse affecte 84 % de la population active et le PIB en 2016 s’élevait à 800 USD par habitant, pour une moyenne mondiale de 16 400 USD par habitant, en étant classé ainsi 52ème sur 55 en Afrique.

Dis-moi qui te dirige, je te dirai quel peuple tu es

Chers compatriotes, avec tous ces potentiels, toutes les pierres sont-elles à jeter aux seuls « médiocres » ? Il n’y a pas de quoi pavoiser. Les propos du Cardinal, loin de nous offusquer, devraient plutôt nous inciter à méditer sur notre incapacité à transformer ce pays qui a tout pour être un paradis sur terre, un eldorado pour toutes les nations.

Culpabiliser le pouvoir en place ne rend pas le peuple innocent. Si « au royaume des aveugles, les borgnes sont rois », qui seraient citoyens au royaume où les médiocres sont rois ? »

On s’en réjouit et on en parle partout, cependant, en tutoyant l’autre, car chacun se reconnaît compétant. La médiocrité étant primordialement le choix du moindre mal, le pays ne se remplit pas des médiocres par un effet de génération spontanée. La seule chose véritable est que les médiocres en engendre d’autres, le comble étant qu’ils ne reconnaissent pas pourtant leur progéniture.

La médiocrité congolaise a placé à la tête du pays un médiocre et les médiocres lui servent de « garçons de course » (expression utilisée souvent par le blogueur congolais Frank Kaky pour désigner ces personnes atteinte du syndrome du Larbin) et ils en sont tous fier.

Les uns comme les autres jouent au son d’une guitare mal accordée, alors que l’impératif de responsabilité est d’avoir une intelligensia congolaise proactive, dotée des ambitions aussi grandes que les défis à relever.

Alors, dites-moi,  qui sont vraiment les médiocres en RDC ? Ceux qui traitent les autres de médiocres, ceux qui sont traités de médiocres ou ceux qui se réjouissent de leur quotidien médiocre ?

En nous réjouir de cette attribut injure faite par son éminence le Cardinal à nos dirigeants, rappelons-nous qu’elle concerne tous les Congolais, lui y compris, malheureusement.