Dans un avenir proche, la protection de la vie privée et de l’intégrité des données va transformer l’usage des réseaux sociaux (Partie II)

Désormais, réussir sur les réseaux sociaux signifie trouver des moyens de puiser dans un intérêt renouvelé pour les groupes et le désir des utilisateurs de disposer d’une enclave sécurisée. La pratique qui va s’imposer dans les discussions consistera à les restreindre dans un petit groupe discipliné sur des plateformes sociales par ailleurs indisciplinées.

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Une personne utilisant son smartphone – CC

En faisant un zoom arrière sur la première partie de ce billet, il est clair que les paradigmes sociaux sont en train de changer. Au début, les médias sociaux constituaient un lieu de communication significatif avec des personnes que vous connaissiez réellement ou que vous vouliez au moins connaître. La croissance spectaculaire et la popularité mondiale ont transformé ces espaces intimes en jungles sauvages, parfois effrayantes, numériques, remplies d’acteurs douteux, de réclamations suspectes et de points de vente agressifs.

Les utilisateurs en ont clairement eu assez. Ils insistent sur plus de valeur et de transparence en échange de leur temps et de leurs informations. Ils veulent être traités comme des individus, pas des données démographiques. Le pendule revient aux racines sociales : réel, personnel et authentique.

La guerre contre la surcharge des annonces sociales ?

Les annonces, qui nous ont été présentées sous une multitude de formes différentes – histoires sponsorisées, messages promus, suggestions suggérées, etc. – sont désormais un élément de base de tous les canaux sociaux. En effet, Facebook à lui seul représente maintenant près du quart de toutes les dépenses publicitaires numériques aux États-Unis, et plus des trois quarts des personnes interrogées dans les enquêtes de Fast Company Magazine ont investi dans des annonces sociales ou prévoient de le faire au cours des prochaines années. Mais les annonces ne sont pas sans défis.

La concurrence pour un espace d’alimentation limité a fait grimper les prix : sur Facebook, le coût par mille impressions (une mesure standard du secteur connue sous le nom de CPM) a bondi de 112% au cours de la dernière année. Pendant ce temps, les utilisateurs inondés de argumentaires de vente et méfiants vis-à-vis des clickbait sont de plus en plus aptes à filtrer les annonces, en les survolant ou en utilisant des outils de blocage d’annonces.

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En d’autres termes, même si les internautes paient plus que jamais pour les annonces désormais, cela ne garantit en aucun cas que l’on y prête attention. Ce qui est urgent, c’est de jumeler l’argent publicitaire avec un investissement égal de temps, de créativité et de ciblage avisé. Le simple fait d’insérer une bannière publicitaire fade dans un flux de nouvelles ne la coupe plus. Le social devient personnel

L’ascension de la messagerie

Une autre manifestation du retournement chez les utilisateurs des réseaux sociaux: l’ascension des plates-formes de messagerie. Facebook Messenger et WhatsApp (tous deux appartenant à Facebook) comptent désormais plus de 2,8 milliards d’utilisateurs. Ajoutez à cela des plates-formes chinoises populaires telles que WeChat et QQ, et la majeure partie de la planète utilise désormais des applications de messagerie.

Plutôt que de partager ouvertement sur les réseaux sociaux, ces utilisateurs optent pour des conversations privées ou en petits groupes. Pour les entreprises, cela soulève de nouveaux défis au cours des prochaines années. À l’heure où les yeux se tournent vers les flux privés, les canaux de messagerie sont-ils la prochaine plateforme incontournable pour atteindre les clients? Ou les utilisateurs vont-ils renvoyer l’intrusion dans « leur espace » ?

La logique des « groupes »

Le groupe Facebook n’est pas une nouvelle innovation. Des espaces de rassemblement et de discussion sur des sujets spécifiques – des animaux de compagnie, de l’humour et des loisirs aux célébrités – datent des tout premiers jours de la plate-forme. Mais, le regain d’intérêt pour la vie privée et l’intimité entre les utilisateurs signifie que les groupes ont soudainement leur moment. Au cours de l’année 2018, le nombre de membres d’un groupe sur Facebook a augmenté de 40%, et 1,4 milliard de personnes.

Faut-il compter sur internet pour mener la révolution en RDC ?

Actuellement, en République Démocratique du Congo, le mot « web activist » est devenu une sorte d’étiquette pour beaucoup, comme pour attirer l’attention sur eux. Cette prétention de lutter via internet, ne revêtant aucun mal en soi, est cependant une vente d’illusion car étant en contraste avec le contexte du pays.

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Photo : Pixabay

Le rôle des réseaux sociaux lors des soulèvements populaires en Afrique est souvent emmené à une dimension très exagérée par les médias occidentaux. Facebook et Twitter étant les plus visibles dans ces révolutions, leur apport exposé par les médias n’est qu’un mythe crée par le fantasme de journalistes pour le raccourci. Ces outils servent plus à attiser la colère plutôt qu’à mobiliser et à informer. Pour ce qui est des « web activists », ils servent à attirer l’attention des médias étrangers pour les alimenter en « scoops » et images.

Pour ce qui est de la République démocratique du Congo, voici les raison pour lesquelles l’Internet ne pourra pas contribuer à révolutionner la politique du pays :

  1. Le taux de pénétration internet

De prime à bord, signalons que le taux de pénétration internet est estimé à moins de 7% en RDC (pourcentage de la population ayant accès à cette technologie). Aucune mobilisation ne peut donc aboutir via internet car la majeure partie, voire la quasi-totalité de la population nationale, n’a pas accès à Internet.

Pour faire descendre la population dans la rue, il ne faut surtout pas compter sur des publications en lignes, billets de blogs… Il faut une sensibilisation de conscientisation hors-ligne. Outre, essayez de faire valoir le contraire est une vente de vent, une déformation de la réalité ou encore, disons mieux, une déconnexion d’avec la réalité.

L’échec de la campagne « Trompettes de Jéricho » initié par le mouvement Les Congolais débout de Sindika Dokolo en est l’exemple le plus éloquent.

  1. Le coût de la communication

Le facteur important de ce faible taux de pénétration internet en RDC est le coût de la communication. A cela s’ajoute le chômage prépondérant chez les jeunes. Dans mon entourage par exemple, les jeunes se connectent juste pour envoyer et recevoir des messages textes. Une fois qu’une image s’en mêle, il est difficile pour eux de la télécharger.

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Dans un contexte pareil, comment espérer qu’ils suivent des vidéos ou des sons en ligne ? Essayez de poser la question « C’est quoi un podcast ? » aux jeunes congolais, seul moins de un sur dix saura répondre. Quelle que soit la pertinence des informations en ligne, y accéder reste le plus grand problème car l’internet coûte cher. Ce n’est pas que la jeunesse congolaise cherche à échapper aux débats pertinents, encore moins à fuir leur responsabilité citoyenne comme prétendront les « web activists ».

  1. La censure et la surveillance de l’État

Les gouvernements des États africains reconnaissent déjà le pouvoir de nuisance de l’Internet. S’il est vrai que personne ne peut museler totalement l’Internet, les politiques essayent toujours de manœuvrer à ce niveau pour mettre hors d’état de nuire les « web activists » malgré toutes les démarches développés pour contourner la censure. Pire encore, il y a la surveillance qui a déjà envoyé plus d’un en prison…

De ce qui précède, nous constatons que les « web activists » congolais mènent un combat sans issu. Ils ne savent pas pour quoi et contre quoi se battre. Tout ce qui les intéresse c’est de faire savoir qu’ils participent à la lutte, mais quelle lutte ? Dans quel camp jouent-ils leur rôle ? En quête d’être des petits maîtres de l’opinion publique, ils bloquent le vrai combat.

Les icônes du « web activism » sortis subitement de l’anonymat grâce à Internet, ne sont pas encore parvenus à s’imposer sur la scène politique. Quelques changements s’observent au sein du gouvernement mais c’est toujours les mêmes noms, les mêmes visages qui reviennent. Leur rôle reste donc sans effet positif, raison pour laquelle, malgré leur influence et leur envie, ils demeurent sur le banc de touche !