Le trésor plus enfoui que l’or et le diamant dans la terre de Walikale en RDC

Je devais normalement avoir honte de mettre aux yeux du monde pareille affliction qui nuirait à la réputation de mon pays. En écrivant ce billet, mon objectif n’est pas de dénoncer quoi que ce soit mais plutôt de déclencher une alarme, un SOS, pour la population de Walikale. Vivant au-dessus d’importants gisements des pierres précieuses, elle est, cependant, privé de ce trésor qui rend la vie vivable, viable, somptueuse et aisé : l’accès aux soins de santé.

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Salle d’opération de l’hôpital Oninga à Walikale

Par Jean-Fraterne Ruyange

Un sage a dit un jour, « A Walikale, les gens naissent pour vivre dans la misère la plus déplorable et meurent pour être enterré dans le luxe le plus fastueux, dans des sépultures taillées dans les gisements d’or et de diamant. »

Ne me demandez pas qui est ce sage qui aurait dit cela ni quand il l’a fait. C’est moi qui viens de le faire en écrivant ce billet. En effet, c’est ce que n’importe qui peut dire en observant le calvaire que vit la population de cette partie de la République Démocratique du Congo.

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Un malade sur un lit d’hôpital à Walikale

Muni de tout ce qu’il faut pour élever le niveau de vie de ses habitats, Walikale est aujourd’hui épinglé parmi les territoires les plus reculé, en termes de développement et de modernité en RDC.

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L’accès aux soins de santé, une affaire des riches

Le problème d’accès à la santé est d’actualité partout en RDC. Même dans les grandes villes, l’accès à la plupart des hôpitaux est une affaire des nantis. Les soins de santé y sont attribués en fonction de l’aptitude rémunératrice du porte-monnaie de tout un chacun. Ainsi donc, la médecine congolaise abandonne les démunis à leur triste sort. « Payer ou mourir », est le slogan adapté au système médical de la RDC.

A Walikale, cette situation est encore plus alarmante. Inutile d’y installer des infrastructures médicales conformes aux normes car la population n’est pas à même de payer la facture le coût des traitements reçus, comme si la santé avait de prix.

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Un nouveau-né et un malade de choléra sur un même lit d’hospitalisation

En dépit de trésors incommensurables que regorge son sol et son sous-sol, la médecine de qualité loge à des miles de ce territoire. Si on a la facilité d’y trouver la cassitérite, le coltan, l’or, et bien d’autres pierres précieuses, même à ciel ouvert, la santé est, quant à elle, invisible même au microscope. On dirait qu’elle serait enfuie dans les profondeurs insondables.

La légende des mines de Walikale en RDC

Cette légende, jusqu’avant-hier, je ne la connaissais vraiment pas. Il se trouve que tous les griots que j’avais rencontrés l’ignoraient aussi. Cependant, ce n’est qu’après la mort de mon oncle, paix à son âme, que j’ai découvert cette légende sur les minerais de Walikale, au nord Kivu de République Démocratique du Congo. 

Mines de Walikale

Photo : Monusco

Par Jean-Fraterne Ruyange

Une drôle de légende

Comme un endroit de deuil est un endroit de regroupement, les causeries sur des sujets suscitant la curiosité y naissent très souvent.Je me suis immiscé dans une étrange discussion sur des personnes qui auraient des pierres précieuses dans leur corps. Après une suite des questions que j’ai posé là-dessus, c’est quelque chose d’incroyable qui m’a été raconté :

« Travailler longtemps dans les mines change l’anatomie des hommes, les os du squelette se transforment en minerais. »

Voilà ce que dit cette légende. Mais comment les gens ont-ils pu arriver à cette conclusion  chimérique ?

La mort au centre de cette légende

Selon ce qui m’a été raconté, cette légende ne date vraiment pas de très longtemps. Elle serait née entre les années 1980 et 1990 et continu à faire mouche jusqu’à présent. Elle est née en réponse à un phénomène inquiétant qui s’observe dans les mines de ce territoire du Nord-Kivu, une des 26 provinces de la RDC.

En effet, tous les hommes qui vont s’engager dans l’exploitation des minerais à Walikale ne reviennent plus. Ils y meurent, en grande partie du moins. C’est ainsi que la légende dit :

« Ces hommes qui travaillent dans les mines de Walikale n’ont pas d’os. En vivant dans les mines, leur corps se métamorphose et leurs os deviennent aussi des minerais. C’est ce qui fait qu’ils se sentent liés à cette vie-là et qu’ils ne peuvent faire marche arrière, aller retrouver leur famille ou revenir à leur vie d’avant. Quand ils meurent, ils sont enterrés dans les mêmes mines et dès que leurs corps se décomposent, ils laissent place aux nouveaux minerais»

Le géo-scandalisant

Oui, c’est vraiment scandalisant que de voir d’une personne partie depuis plus de 10 ans ne revenir qu’une nouvelle annonçant sa mort. Un deuil sans dépouille, une femme veuve, des enfants orphelins, voilà le vrai scandale familial que produisent nos minerais.

Si la RDC est qualifié de scandale géographique, Walikale quand à lui est un scandalisant familial. Je me demande comment ces hommes peuvent avoir des mains libres et fortes pour extraire des minerais mais pas suffisamment libres pour en jouir avec leurs familles.

Bien d’autres scènes obscènes liées à l’exploitation des minerais à l’Est de la RDC sont illustrées dans le film « Du Sang dans nos portables ». Même si cette légende ne s’écarte pas trop du mode exogène de formation des minerais, une question perdure : entre les mines et les hommes, qui exploite qui ?

Et la légende continue…