Faut-il compter sur internet pour mener la révolution en RDC ?

Article : Faut-il compter sur internet pour mener la révolution en RDC ?
13 mai 2019

Faut-il compter sur internet pour mener la révolution en RDC ?

Actuellement, en République Démocratique du Congo, le mot « web activist » est devenu une sorte d’étiquette pour beaucoup, comme pour attirer l’attention sur eux. Cette prétention de lutter via internet, ne revêtant aucun mal en soi, est cependant une vente d’illusion car étant en contraste avec le contexte du pays.

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Photo : Pixabay

Le rôle des réseaux sociaux lors des soulèvements populaires en Afrique est souvent emmené à une dimension très exagérée par les médias occidentaux. Facebook et Twitter étant les plus visibles dans ces révolutions, leur apport exposé par les médias n’est qu’un mythe crée par le fantasme de journalistes pour le raccourci. Ces outils servent plus à attiser la colère plutôt qu’à mobiliser et à informer. Pour ce qui est des « web activists », ils servent à attirer l’attention des médias étrangers pour les alimenter en « scoops » et images.

Pour ce qui est de la République démocratique du Congo, voici les raison pour lesquelles l’Internet ne pourra pas contribuer à révolutionner la politique du pays :

  1. Le taux de pénétration internet

De prime à bord, signalons que le taux de pénétration internet est estimé à moins de 7% en RDC (pourcentage de la population ayant accès à cette technologie). Aucune mobilisation ne peut donc aboutir via internet car la majeure partie, voire la quasi-totalité de la population nationale, n’a pas accès à Internet.

Pour faire descendre la population dans la rue, il ne faut surtout pas compter sur des publications en lignes, billets de blogs… Il faut une sensibilisation de conscientisation hors-ligne. Outre, essayez de faire valoir le contraire est une vente de vent, une déformation de la réalité ou encore, disons mieux, une déconnexion d’avec la réalité.

L’échec de la campagne « Trompettes de Jéricho » initié par le mouvement Les Congolais débout de Sindika Dokolo en est l’exemple le plus éloquent.

  1. Le coût de la communication

Le facteur important de ce faible taux de pénétration internet en RDC est le coût de la communication. A cela s’ajoute le chômage prépondérant chez les jeunes. Dans mon entourage par exemple, les jeunes se connectent juste pour envoyer et recevoir des messages textes. Une fois qu’une image s’en mêle, il est difficile pour eux de la télécharger.

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Dans un contexte pareil, comment espérer qu’ils suivent des vidéos ou des sons en ligne ? Essayez de poser la question « C’est quoi un podcast ? » aux jeunes congolais, seul moins de un sur dix saura répondre. Quelle que soit la pertinence des informations en ligne, y accéder reste le plus grand problème car l’internet coûte cher. Ce n’est pas que la jeunesse congolaise cherche à échapper aux débats pertinents, encore moins à fuir leur responsabilité citoyenne comme prétendront les « web activists ».

  1. La censure et la surveillance de l’État

Les gouvernements des États africains reconnaissent déjà le pouvoir de nuisance de l’Internet. S’il est vrai que personne ne peut museler totalement l’Internet, les politiques essayent toujours de manœuvrer à ce niveau pour mettre hors d’état de nuire les « web activists » malgré toutes les démarches développés pour contourner la censure. Pire encore, il y a la surveillance qui a déjà envoyé plus d’un en prison…

De ce qui précède, nous constatons que les « web activists » congolais mènent un combat sans issu. Ils ne savent pas pour quoi et contre quoi se battre. Tout ce qui les intéresse c’est de faire savoir qu’ils participent à la lutte, mais quelle lutte ? Dans quel camp jouent-ils leur rôle ? En quête d’être des petits maîtres de l’opinion publique, ils bloquent le vrai combat.

Les icônes du « web activism » sortis subitement de l’anonymat grâce à Internet, ne sont pas encore parvenus à s’imposer sur la scène politique. Quelques changements s’observent au sein du gouvernement mais c’est toujours les mêmes noms, les mêmes visages qui reviennent. Leur rôle reste donc sans effet positif, raison pour laquelle, malgré leur influence et leur envie, ils demeurent sur le banc de touche !

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